Aller au contenu
catapulte.studio

Sous le capot

Comment donner son contexte à une IA

Branchée sur tes outils, elle ne sait toujours rien de ton activité. Ce qui manque tient dans des fichiers texte que personne ne peut écrire à ta place. Voilà dans quoi on les écrit, ce qu'on met dedans, et comment on l'y branche.

Publié le 10 août 2026 7 min de lecture

Le problème se présente toujours de la même façon. Tu as branché tes outils, elle lit ton Drive et ta boîte mail, et tu lui poses une question un peu stratégique. Elle te sort une réponse qui pourrait servir à n'importe qui.

C'est normal. Avoir accès à tes fichiers ne lui apprend rien sur ton métier, tes clients, ce que tu as arrêté de vendre il y a deux ans et pourquoi. Ça, personne ne l'a écrit nulle part, et c'est ce qu'on appelle le contexte.

Trois questions, dans cet ordre : dans quoi on l'écrit, ce qu'on met dedans, et comment on l'y branche.

1. Dans quoi : quatre minutes de Markdown

Le format s'appelle le Markdown, et c'est la partie la plus vite pliée de tout le sujet.

Ouvre un fichier texte. Écris. C'est déjà du Markdown : du texte sans signe particulier reste du texte. Ensuite tu as une poignée de signes pour dire ce qui est quoi.

Tu écrisÇa veut dire
# Mes clientsUn titre. Deux dièses pour un sous-titre, trois pour un sous-sous-titre.
**important**Du gras.
- premier pointUne puce. Une par ligne.
[le texte](l-adresse)Un lien.

Voilà. Il en existe d'autres, tu peux vivre toute ta vie sans les connaître. Ces quatre-là couvrent tout ce que tu vas écrire.

Le fichier se termine en .md au lieu de .docx, et il s'ouvre dans absolument tout : le bloc-notes de ton ordinateur, Obsidian, Notion, VS Code, ton IA. Quand un outil sait l'afficher joliment, tu vois les titres en gros et le gras en gras. Quand il ne sait pas, tu vois les signes. Rien n'est jamais cassé, rien n'est jamais illisible.

C'est la différence de fond avec un fichier Word ou une page Notion. Dans un .docx, le mot « important » est stocké quelque part, et la consigne « affiche-le en gras » est stockée ailleurs, dans un langage que seul le logiciel comprend. En Markdown, la mise en forme est dans le texte. Il n'y a rien à décoder, et donc rien à perdre.

2. Pourquoi ce format-là, et pas un autre

Trois raisons, dans l'ordre où elles finissent par compter.

Ça t'appartient, pour de bon. Un fichier .md sur ton disque n'est lié à aucun éditeur. Tu changes d'outil de prise de notes, tu copies le dossier, tu continues. Tu changes de modèle d'IA l'année prochaine, ton contexte ne bouge pas d'un pouce. C'est la seule couche de ton installation dont tu es certain qu'elle sera encore là dans cinq ans, et c'est justement celle qui te coûte le plus cher à écrire.

Une IA lit le texte, pas la mise en page. C'est contre-intuitif quand on a passé vingt ans à soigner ses documents, mais un beau tableau Word ne l'aide pas : ce qui l'aide, c'est que l'information soit dite. Le Markdown ne contient rien d'autre que ce que tu as écrit, donc rien ne se perd entre ton fichier et elle. Aucune conversion, aucune extraction approximative, aucune page qui arrive en bouillie.

Les titres, eux, l'aident vraiment. Un dièse ne sert pas qu'à faire du gros texte. Il découpe. Un fichier avec des titres clairs, c'est un fichier dont une IA peut aller chercher une section précise sans avaler le reste. Un fichier de trois mille mots sans un seul titre, elle le prend en bloc ou pas du tout. La mise en forme n'est pas de la décoration ici, c'est de la structure, et la structure est ce qui rend le fichier utilisable.

Une question revient tout le temps ici : la mémoire de mon chat ne fait pas déjà le travail ? Non. Elle t'évite des redites, et c'est tout ce qu'elle fait. C'est une boîte noire : tu ne la vois pas, tu ne la relis pas, tu ne la corriges pas, et tu ne l'emportes pas ailleurs. C'est leur mémoire de toi, pas ton contexte à toi.

3. Ce qu'on met dedans

Là on sort du format et on entre dans le seul travail qui compte vraiment.

Le réflexe, c'est le gros fichier fourre-tout. Tout ce qui concerne la boîte, dans un document, et on le colle à chaque fois. Ça ne marche pas, et pas pour une raison de goût : plus tu lui donnes de texte à lire, moins elle est précise sur le passage qui t'intéresse. Ce qui n'est pas trié se dégrade, c'est la même mécanique que la conversation interminable qui finit par dérailler.

Ce qui marche, c'est un fichier par sujet. Qui tu es et ce que tu vends. Tes clients. Tes offres. Tes décisions, avec la raison derrière. Tes projets en cours. Chaque fichier tient sur une page ou deux, porte des titres, et se lit seul.

Le bénéfice se voit au moment où tu t'en sers. Une question sur une offre ne devrait charger que le fichier de cette offre. Découper, ce n'est pas du rangement pour le plaisir de ranger : c'est ce qui te permet de ne donner que le nécessaire.

Le contexte, il faut vraiment le voir dans les deux sens : à la fois lui donner ce dont elle a besoin, mais au maximum ne pas lui donner ce dont elle n'a pas besoin.

Et écris comme tu parles. Personne ne lira ces fichiers à part toi et ta machine, donc la belle phrase n'a aucune valeur ici. Ce qui en a, c'est la précision : « mes clients sont des PME » ne sert à rien, « mes clients font entre 200 000 et 5 millions de chiffre d'affaires, ils ont entre trois et cinquante salariés, et celui qui décide c'est le dirigeant lui-même » sert immédiatement.

4. Comment on l'y branche

Il y a trois niveaux, et ils vont du plus simple au plus engageant. Tu peux t'arrêter au premier pendant six mois, il rend déjà la moitié du bénéfice.

Le premier, c'est le copier-coller. Tu ouvres une conversation neuve, tu colles le contenu du fichier qui concerne ton sujet, tu poses ta question. C'est manuel, c'est un peu bête, et ça marche tout de suite. Le fichier reste chez toi, la conversation n'est que l'endroit où tu t'en sers.

Le deuxième, c'est de brancher le dossier. Ton IA va lire les fichiers là où ils sont, sans que tu colles quoi que ce soit. C'est exactement ce que fait un connecteur, et le mécanisme derrière est expliqué ici. Elle lit le dossier, elle cherche le bon fichier, elle répond.

Le troisième, c'est de la faire tourner chez toi, dans le dossier. Là elle ne se contente plus de lire : elle écrit aussi. Une décision prise pendant une conversation part dans le fichier des décisions, un fait nouveau sur un client part dans le fichier de ce client. C'est le moment où ton contexte cesse d'être un document que tu maintiens à la main et devient quelque chose qui se met à jour tout seul. Ce n'est plus une histoire de format à ce stade, c'est une histoire de harnais.

Le piège des trois niveaux, c'est de vouloir sauter au troisième. Le montage est un métier, il se règle après. Un fichier de contexte bien écrit et collé à la main bat un montage sophistiqué posé sur un contexte vide, à tous les coups. Le fichier d'abord.

Ce qu'il faut retenir

L'endroit
Des fichiers texte chez toi, pas une conversation et pas la mémoire du chat. Ce qui est à eux, tu ne le relis pas et tu ne l'emportes pas.
Le format
Du Markdown : dièse pour les titres, deux étoiles pour le gras, tiret pour les listes. Quatre minutes.
La raison
Une IA lit du texte. Rien ne se perd entre ton fichier et elle, et les titres lui servent à trouver le bon passage.
Le rangement
Un fichier par sujet, jamais un fourre-tout. Découper, c'est ce qui permet de ne donner que le nécessaire.
Le branchement
Coller à la main, puis brancher le dossier, puis la laisser écrire dedans. Dans cet ordre.

Le format s'apprend en quatre minutes, et c'est ce qui rend le sujet trompeur : la partie facile est visible, la partie difficile ne l'est pas. Écrire ce que tu es le seul à savoir sur ta boîte, ça prend une soirée la première fois, et c'est un travail que personne ne peut faire à ta place. C'est aussi la raison pour laquelle presque personne ne le fait, et pourquoi ceux qui le font ont une IA qui répond comme à eux plutôt que comme à n'importe qui.

← Tous les articles